Annoncé le 26 février au Financial Times Business of Football Summit par son CEO Richard Masters, le lancement de Premier League+ marque un tournant stratégique majeur. Pour la ligue la plus regardée au monde, c’est une révolution. Après 34 ans de commercialisation exclusive auprès de diffuseurs tiers, la Premier League devient enfin son propre broadcaster.
Singapour : un laboratoire à ciel ouvert
Le choix du marché pilote ne doit rien au hasard. En effet, Singapour combine une forte pénétration du smartphone avec une infrastructure broadband très mature. De plus, le pays affiche un appétit historique pour le football anglais. C’est donc un terrain d’expérimentation idéal pour tester les leviers critiques du modèle Direct-to-Consumer (DTC). La ligue pourra y analyser finement le pricing, la rétention et le churn des abonnés.
Le service sera opéré via un accord de six ans avec l’opérateur StarHub. Ce dernier intégrera Premier League+ en complément de sa couverture existante. Ainsi, les 380 matchs de la saison 2026-27 seront disponibles en live. Les fans auront également accès à des contenus magazine et à un canal d’information 24/7.
D’ayant droit à propriétaire de la relation fan
La bascule est aussi philosophique que commerciale. En passant au DTC, la Premier League ne vend plus seulement un produit média, elle construit une relation directe avec le fan. Désormais, la ligue maîtrise les données first-party et la personnalisation de l’expérience. Jusqu’ici, ces leviers stratégiques échappaient à l’organisation au profit de Sky, TNT Sports ou NBC.
Richard Masters l’a formulé sans détour : la ligue va désormais gérer la promotion et la distribution comme une véritable plateforme OTT. Ce changement de paradigme est colossal pour une organisation dont le modèle reposait sur la vente de droits. Pour rappel, ce cycle pèse tout de même 6,7 milliards de livres sur la période 2025-2029.
Un écosystème de production intégré
Pour soutenir cette ambition, la ligue ouvre Premier League Studios. Ce hub de production internationale de 6 800 m² est installé à One Olympia, dans l’ouest de Londres. L’objectif est clair : maîtriser la chaîne de valeur de bout en bout. En internalisant la production, la ligue alimentera à la fois Premier League+ et ses partenaires broadcast internationaux avec des contenus premium.
Le précédent Ligue 1+ : une feuille de route encourageante
Le modèle n’est pas sans référence. En France, la LFP a lancé Ligue 1+ à l’été 2025. Elle est ainsi devenue la première ligue du Big Five européen à distribuer ses matchs sur sa propre plateforme. Or, le résultat a dépassé toutes les projections.
La plateforme a séduit plus d’un million d’abonnés dès le premier mois. Par ailleurs, elle affiche un taux d’engagements annuels de 72 %. Les revenus broadcast ont également bondi, passant de 94 à 166 millions de dollars. C’est un signal fort pour la Premier League, dont l’audience mondiale laisse entrevoir un potentiel DTC d’une tout autre échelle.
Quel horizon pour le marché domestique ?
Une question anime désormais le marché : quand Premier League+ touchera-t-il le Royaume-Uni ? Pour l’instant, les contrats domestiques avec Sky et TNT Sports courent jusqu’en 2028-29. Par conséquent, le pilote singapourien servira à calibrer un éventuel déploiement mondial d’ici cette échéance.
Si le modèle fonctionne, la Premier League pourrait internaliser une part croissante de sa distribution. Ce mouvement redéfinirait totalement les rapports de force avec les diffuseurs traditionnels. Une chose est certaine : avec Premier League+, la ligue entre officiellement dans le business des plateformes.

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