Le duel Hamilton Rosberg

Le duel, c’est le sel de la Formule 1. C’est le sel du sport en général. En F1, c’est le dépassement roues contre roues, c’est le combat rapproché, c’est le bonheur des fans et le stress ultime pour les managers d’écuries. La saison 2014, ultra-dominée par Mercedes, aura été celle du duel entre Lewis Hamilton et Nico Rosberg. C’est sur le circuit de Yas Marina à Abu Dhabi que les deux prétendants à la couronne disputeront la finale d’un championnat du monde 2014 qui restera mémorable grâce à cette lutte interne.

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Ce qu’il en est sportivement 

Sur le plan purement sportif, on retiendra le duel épique dans la nuit de Bahreïn ainsi que la course poursuite à Interlagos.

On retiendra aussi la séance de qualifications du Grand Prix de Monaco et la faute (intentionnelle ou pas) de Nico Rosberg dans le virage de Mirabeau et la touchette au deuxième tour du Grand Prix de Belgique. Avant l’épilogue d’Abu Dhabi, Hamilton mène 10 victoires à 5, mais du côté des pôles c’est Rosberg qui mène 11 à 7 dans le révélateur du qualifying battle.

Bien plus que du sport…

Dans l’histoire de ce sport, le duel reste l’éternelle référence à Prost/Senna où Hamilton serait Senna et Rosberg aurait le rôle de Prost. A travers ce duel de pilotes Mercedes, l’intensité est nourrie par le fait que ce soit un duel de coéquipier. Au sein de la même équipe, du même garage. Le sport se nourrit de cette dualité et la F1 sort gagnante de ce type d’opposition fratricide.

D’ailleurs, les médias ne sont pas les seuls à faire monter la tension. En effet, l’équipe Mercedes twitte des photos avec le #DesertDuel , en référence à la situation géographique du circuit d’Abu Dhabi, théâtre de l’épisode 19 du duel Hamilton Rosberg de cette saison 2014. Elle a également posté cette très belle vidéo, intitulée « If » , où l’on retrouve le poème « If » de Rudyard Kipling récité par l’acteur britannique John Hurt.

Le storytelling du duel : amis ou ennemis ?

Ce duel particulièrement médiatisé aura été modelé sur la piste, mais aussi via le storytelling qui nous a emmené dans l’enfance des deux amis-ennemis. Si tous les deux ont été champions GP2, Rosberg en 2005 et Hamilton en 2006, leur amitié née sur les pistes de karting fait bien sur partie du storytelling de la relation entre les deux pilotes. D’ailleurs, les pilotes sont eux mêmes des communiquants, à l’image de la photo postée par Lewis Hamilton sur Twitter après l’incident de la qualification de Monaco.

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Et pour que le duel prenne de l’ampleur, il faut qu’il tourne à l’affrontement. Forcément. Panem et circences oblige. On a vu que les incidents de Monaco et de Spa auront suffit à mettre le feu à la supposée belle entente. Bien plus encore, on recherche souvent le choc de personnalité : Hamilton le racer avec son coté star internationale, contre Rosberg le stratège et gendre idéal. Ce choc des égos continue aussi sur le style de pilotage, où Hamilton l’attaquant défie Rosberg le tacticien.

Et comme si cela ne suffisait pas, l’affrontement a également eu lieu sur le terrain de la com’ avec  des déclarations incendiaires. Hamilton a voulu faire de cette lutte sportive une lutte des classes lors de son interview donnée au mois de mai 2014 sur le site officiel de la F1 : « je ne viens pas d’un très grand endroit à Stevenage et j’ai vécu sur un canapé dans l’appartement de mon père. Nico, lui, a grandi à Monaco avec des jets, des hôtels, des bateaux et tout ce genre de choses. Cela fait que l’appétit de victoire est différent ». Valeurs contre valeurs, parcours contre parcours, déclarations contre déclarations, roues contre roues.

L’équipe et les pilotes ont tout à gagner dans ce duel qui peut les faire entrer dans l’histoire de la F1 et dans la mémoire collective… mais aussi tout à perdre car le bad buzz n’est jamais loin. Sportivement, Mercedes avait bien trop d’avance pour être menacé par la concurrence (même si Daniel Ricciardo a habilement profité du duel des Mercedes au Canada, en Hongrie et en Belgique), c’est surtout en terme d’image que la firme à l’étoile avait le plus à perdre.

Un contre un

Tension, émotion, pression, courage, dépassement de soi, aléas, doutes, bonheurs, telles sont les composantes principales du duel avec une importance toute particulière du mental, car à chaque séance d’essais libres, à chaque qualification et à chaque course il faut prendre le dessus sur son adversaire. La tension étant d’autant plus grande que le duel peut être imprévisible, avec une casse mécanique ou un accrochage tant redouté.

Autour du concept de duel, on retrouve bien les enjeux de pouvoir et de suprématie : l’enjeu reste la domination sur son coéquipier (le fameux teammate), et la visée ultime demeure la suprématie sur la F1. Deux coéquipiers en lutte pour le titre, c’est partager son garage avec son rival, c’est cohabiter avec son adversaire, et c’est bien sur un combat d’égo. Evoquer ce type de bataille renvoie donc aux ressorts pour accéder au pouvoir, à la couronne mondiale et donc au sommet de la F1.

Quoi qu’il en soit, l’histoire du sport se nourrit de duels mythiques : Federer-Nadal , Agassi-Sampras ou Evert-Navratilova en tennis, Real-Barça ou Boca-River en football, Anquetil-Poulidor ou Merckx-Ocana en cyclisme, Angleterre-Pays de Galles ou Australie-Nouvelle Zélande en rugby, Prost-Senna ou Ferrari-Mercedes en Formule 1.

Tous ces bras de fer auront forgé l’histoire du sport. Nico Rosberg et Lewis Hamilton auront perpétué l’histoire de ces combats à part. Mais seule l’histoire pourra juger de la dimension de leur duel.