Du 2 au 30 août 2026, l’élite internationale du galop a rendez-vous à Deauville, la capitale du cheval, avec un riche agenda de courses mais pas seulement. Pour en savoir davantage sur cet événement ainsi que sur la politique sportive de Deauville, nous avons rencontré Philippe Augier, maire de Deauville, qui nous a accordé un grand entretien à quelques jours du Meeting de Deauville Barrière.

Bruno Cammalleri : comment va vivre Deauville durant tout ce mois d’août ?
Philippe Augier : nous nous apprêtons effectivement à accueillir le Meeting de Deauville Barrière sur l’hippodrome de Deauville-La Touques. Je voudrais aussi rappeler qu’il y a deux hippodrommes à Deauville : l’hippodrome de Deauville-La Touques et l’hippodrome de Clairefontaine. Sur les 31 jours du mois d’août, il y aura au total 27 journées de course, 16 à La Touques et 11 à Clairefontaine. Un grand nombre de professionnels des courses de galop viennent donc s’installer chez nous et dans les environs. Les propriétaires de chevaux des 5 continents viennent ici. Il y aura par ailleurs des moments forts avec des courses internationales, ainsi que les ventes qui sont des ventes mondiales, ce sont les troisièmes au monde. Autour de 400 chevaux viennent s’installer pour courir dans le courant du mois, sans oublier les chevaux des ventes. C’est donc un rassemblement autour de cette passion commune, on vit au rythme des chevaux. Les matins et les soirs, vous avez des chevaux de polo qui se dirigent vers la plage pour marcher dans la mer, c’est leur thalasso à eux. Ce sont des images et moments qui sont assez emblématiques et que l’on peut retrouver dans des films qui concernent Deauville.
Bruno Cammalleri : qu’en est-il de l’affluence ?
Philippe Augier : il y a plusieurs populations. Tout d’abord les professionnels avec les propriétaires de chevaux, autour d’un millier de personnes, voire davantage au moment des ventes. Il y a également les passionnés de courses avec quelques milliers de personnes. La réunion la plus dense à La Touques c’est autour de 8000 personnes, un chiffre qui peut monter à 10 000 personnes à Clairefontaine. Mais il est très difficile d’effectuer des distinctions car vous avez aussi des populations qui viennent à Deauville à la mer pour une journée. Autrement dit, il y a un mélange de populations qui vivent la ville pleinement, dans les hôtels, les restaurants et les commerces. Août est véritablement un mois où toutes les passions autour du cheval s’expriment : les courses, le jumping, le polo et les ventes. Les professionnels et les propriétaires de chevaux restent une clientèle consommatrice. Certes nous parlons du mois d’août, mais la première chose que me demandent les commerçants et les restaurateurs c’est quelles sont les dates des courses et des ventes dans l’année. Ils savent qu’ils feront le plein dans ces moments-là, avec une clientèle très consommatrice.

Bruno Cammalleri : quelles sont les nationalités les plus représentées durant le mois d’août à Deauville autour de ce Meeting ?
Philippe Augier : nous avons les cinq continents au moment des ventes aux enchères. Il y a en effet des provenances majeures : les Anglais et les Irlandais tout d’abord car dans ces pays-là il y a à la fois des propriétaires, des entraîneurs, des éleveurs et des intermédiaires. Beaucoup de courtiers en chevaux sont anglais ou irlandais. Nous avons aussi énormément d’européens, qu’ils soient propriétaires, éleveurs ou entraîneurs. Parmi les régions qui sont très représentées, je peux citer les personnes venant du Golfe persique, ce qui est le cas depuis les années 1970-1980 : Dubaï, Abu Dhabi, Qatar, Arabie Saoudite. J’ai fait venir les Japonais dès 1989. Avant cette date ils n’achetaient des chevaux qu’aux USA mais j’ai réussi à les faire venir. Du côté de l’Asie, nous avons donc des Japonais, et Hong-Kong. Nous signons à ce titre une convention de coopération autour du cheval entre la ville de Deauville et Hong-Kong. Les Australiens, les Américains du nord comme du sud tout comme les Africains viennent aussi, nous avons vraiment les cinq continents. La notoriété mondiale de Deauville vient du cheval parce que nos courses sont extrêmement internationales et nos ventes aux enchères sont aussi devenues totalement internationales.
Bruno Cammalleri : Deauville et le cheval ont une relation historique…
Philippe Augier : personne ne l’avait remarqué à l’époque, mais aujourd’hui tout le monde le sait : le jour où j’ai découvert que l’hippodrome a été construit avant l’église j’étais très content. Il y a seulement quelques mois entre l’inauguration de l’hippodrome en 1864 et l’inauguration de l’église. Le duc de Morny était tellement mordu de courses que pendant qu’il faisait construire l’hippodrome il organisait déjà des courses sur la plage. Il adorait ça. Quand vous regardez dans Deauville, il y a un certain nombre de rues portant le nom de gens qui se trouvaient dans la gouvernance nationale des courses à cette époque-là, comme Edmond Blanc, Morny lui-même et plein d’autres.
Bruno Cammalleri : comment continuer à innover sur un tel événement qu’est le Meeting de Deauville Barrière ?
Philippe Augier : le premier stade pour maintenir au top l’événement au top est que les professionnels des courses eux-mêmes améliorent tout le temps. Prenons l’exemple du Prix Le Marois qui était jusqu’à présent sponsorisé par le haras des Niarchos : cette course est désormais sponsorisée par le hara Aga Khan. En tant que professionnel et en tant qu’élu, mon travail consistait à multiplier le nombre de journées consacrées aux courses dans l’année. Aujourd’hui, entre les deux hippodromes nous avons un total de 74 jours de courses à Deauville. Seule Paris peut se mesurer à ce chiffre, et encore, car ce n’est pas seulement du galop mais aussi du trot.
Par ailleurs, dans d’autres pays, les ventes aux enchères ont lieu dans des endroits un peu perdus ou dans des endroits où il n’y a rien d’autres que les courses. Or à Deauville nous avons d’autres atouts : il y a la mer, ce qui est rare dans les grandes villes de courses dans le monde, ou encore la culture avec les Franciscaines. Nous y avons créé un univers du cheval et nous disposons de 50 000 documents sur les chevaux, des livres comme des films ou des photos. Nous sommes aussi pôle associé de la BNF.
Enfin, nous déployons nos efforts pour être les plus performants dans l’accueil : par exemple, des membres du Jockey club anglais sont venus me solliciter et la ville va les inviter à un événement au mois d’août. Les visiteurs viennent ici autant pour les chevaux et les courses que pour la villégiature. Et beaucoup viendront en famille, en louant une maison ou en prenant une réservation à l’hôtel etc… L’enjeu de l’attractivité se trouve au carrefour de la passion du cheval et de la villégiature dans une ville qui s’y prête.

Bruno Cammalleri : quelles sont les relations avec vos partenaires comme Barrière et France Galop ?
Philippe Augier : s’agissant de Barrière, il faut souligner le fait que les principaux hôtels sont les points majeurs d’accueil de la clientèle haut de gamme. Je rappelle que pendant longtemps ce n’était pas la ville qui organisait les manifestations culturelles ou sportives, mais c’était le groupe Barrière. Nous avons commencé à avoir des courses dans les années 1980, d’abord au mois d’octobre car il y avait des ventes. J’avais réussi à obtenir qu’il y ait 3 jours de courses. Lorsque j’ai été élu maire de Deauville, nous avons participé au financement de la piste en sable fibrée qui est une piste qui ne gèle pas. J’ai alors négocié avec France Galop d’avoir 10 journées de courses en hiver. Nous avons des journées de courses en décembre et en janvier. Tout ça est un élément d’attractivité économique qui est énorme. Avec nos partenaires, nous travaillons tous ensemble et nous sommes à une échelle qui permet de travailler tous ensemble. C’est une petite ville avec peu d’acteurs économiques majeurs. Barrière gère en particulier le restaurant panoramique de l’hippodrome. Avec France Galop on se met d’accord sur la communication et on a tout intérêt à les aider à communiquer pour attirer une clientèle qui est intéressante sur le plan économique. Eux ont besoin de s’appuyer sur nous sur un plan logistique.
A partir du moment où des acteurs comme Barrière, France Galop et la ville s’entendent, ça fonctionne. Barrière et la ville de Deauville ça marche aussi pour les congrès. Deauville est une petite ville qui est une grande entreprise de tourisme, d’accueil et d’attractivité avec plein d’éléments différents. Le cheval et les courses demeurent un élément majeur de notre attractivité et de notre identité.
Bruno Cammalleri : comment pouvez-vous caractériser votre politique sportive ?
Philippe Augier : je suis convaincu que le sport, au-delà de son intérêt de santé physique et santé mentale, est aujourd’hui le lieu principal de transmission des valeurs. Et de toutes les valeurs : l’effort, la discipline, le respect de l’autre, le dépassement de soi, le collectif. Tout ce qui fait que l’on peut vivre en collectivité se transmet dans le sport et de façon volontaire. Dans le sport, si vous voulez y arriver, il faut adhérer à toutes ces valeurs. J’ai aussi une autre conviction sur la culture qui est pour moi l’élément fondamental de l’égalité des chances, encore plus que les diplômes. Les diplômes, ça focalise alors que la culture ça ouvre. Ce point est très important pour comprendre toute ma politique, alors qu’à école on est davantage dans l’instruction que dans l’éducation.
Bruno Cammalleri : quelles sont les infrastructures sportives les plus importantes de Deauville ?
Philippe Augier : j’ai voulu créer de nouveaux équipements sportifs, en particulier un énorme pôle omnisports avec tous les sports de salle, des terrains de football synthétiques ou encore le pôle international du cheval où nous recevons le monde entier du jumping et du dressage. En 2024, nous avons créé une piste d’athlétisme qui est la même que celle du stade de France, construite par la même société.
A partir du moment où il y avait des équipements et une volonté d’accueil, nous recevons des équipes nationales et internationales qui viennent s’entraîner à Deauville à l’image de clubs de football venant juste avant le début de la saison comme Angers ou Le Havre. Le PSG est déjà venu s’entraîner. En septembre dernier, un match de football féminin amical s’est déroulé à Deauville, Aston Villa / PSG. Au moment de l’Euro 2016, nous avions l’équipe de Croatie qui s’était installée, et, pendant la Coupe du monde féminine 2019, 7 équipes féminines s’entraînaient ici. Les 4 équipes demi-finalistes étaient chez nous. Je cite également l’équipe de France féminine de basket qui a effectué ses derniers entraînements chez nous en 2012 avant les Jeux olympiques de Londres et elles avaient terminé en finale. Lors des Jeux de 2024, il y a 250 Chinois qui sont venus, sportifs et staffs pour préparer l’événement durant tout le mois de juillet 2024. Tous ceux qui se sont entraînés ici ont fait 31 médailles dont 13 en or : des nageurs, des pongistes ou encore la championne olympique de tennis Zheng Qinwen. Avec des équipements top niveau, on parvient à créer de l’attractivité et de l’activité.
Bruno Cammalleri : au-delà des sports hippiques, quels sports aimez-vous suivre et quels sont les champions qui vous inspirent ?
Philippe Augier : j’aime bien le football car j’ai joué en étant plus jeune. Lors de ma première année en tant qu’élu, j’avais organisé un match de foot entre les élus et agents municipaux de Trouville et Deauville. L’autre sport que j’adore suivre est le tennis car je trouve que ce n’est jamais la même chose. Je reste épaté par la performance physique et la performance d’adresse. J’aime globalement tous les sports, mais si je dois regarder une compétition à la TV ce sera un match de foot ou de tennis. Vers l’âge de 9 ans, j’ai un grand souvenir de la Coupe du monde 1958 avec Just Fontaine. Aujourd’hui, je suis fasciné par quelqu’un comme Kylian Mbappé qui est à la fois un footballeur d’exception et qui est d’une intelligence vive et pointue avec un sens des situations à la sortie d’un match gagnant ou perdant. La façon dont il a parlé de la défaite contre l’Espagne ou la façon dont il a parlé de Didier Deschamps m’a plu. Il est hors du commun. Roger Federer avait aussi une vue des choses très pointue. Je suis aussi fasciné par le dépassement de soi physique phénoménal des navigateurs qui font le tour du monde, d’autant plus que ce sport reste moins médiatisé.

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