Le 13 mai 2026, le COJOP Alpes Françaises 2030 a publié un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) pour sélectionner ses équipementiers textiles. Sur le papier, l’opération concerne les Jeux d’hiver 2030. En réalité, le document engage la délégation française sur trois olympiades consécutives — Los Angeles 2028, Alpes 2030 et Brisbane 2032 — et redéfinit le contrat-type entre un comité d’organisation et une marque sportive. Décodage.
Un Regroupement tripartite qui change la nature du contrat
L’AMI n’est pas porté par le seul COJOP. Il associe le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et le Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF), réunis sous l’appellation « Regroupement ». Ce trio institutionnel détient jusqu’au 31 décembre 2030 la responsabilité commerciale des droits liés à l’Équipe de France Olympique et Paralympique.
Concrètement, cela signifie qu’un candidat ne signe plus un contrat d’équipementier centré sur un événement. Il négocie une délégation de droits marketing sur l’image collective des athlètes tricolores, valable trois cycles olympiques. C’est une mutualisation rare dans le marché du sponsoring olympique français, où chaque édition faisait jusqu’ici l’objet d’un appel séparé.
Cinq lots, une mécanique d’intégration verticale
L’AMI se structure autour de cinq lots distincts.
Le Lot A est le plus stratégique. Il porte sur les équipements de représentation et de performance des athlètes et de leur staff pour Los Angeles 2028, Alpes 2030 et Brisbane 2032. Selon les calculs de Sport Business Club, le volume représenterait plus de 260 000 pièces à produire sur la période. Le périmètre couvre les Jeux mais aussi les Festivals Olympiques de la Jeunesse Européenne, les Jeux Européens, les Jeux Méditerranéens, les Deaflympics et les European Para Games entre 2027 et 2032.
Le Lot B, dédié aux tenues de cérémonie d’ouverture et de clôture, est obligatoirement couplé au Lot A. Autrement dit : pas de podium sans cérémonies. Cette règle force les candidats à arbitrer entre un engagement industriel maximal et un retrait pur et simple sur le segment athlètes.
Les Lots C et D, combinables entre eux, couvrent les uniformes des 15 000 volontaires des Jeux d’hiver 2030, ainsi que ceux des salariés du COJOP, des arbitres et officiels. Leurs droits marketing sont plus étroits et leur durée limitée à fin 2030.
Le Lot E, dédié aux uniformes des 10 000 relayeurs de la Flamme, présente une particularité : il sera évalué d’abord sur les critères de responsabilité environnementale, sociale et territoriale, avant les volets financier et technique.
Le COJOP indique par ailleurs valoriser les candidats capables de couvrir plusieurs lots simultanément. Une logique d’intégration qui pousse mécaniquement vers les acteurs capables d’absorber la complexité industrielle complète.
Un modèle économique en trois étages
C’est sur l’architecture économique que l’AMI installe son véritable nouveau standard. Le contrat repose sur trois piliers cumulatifs.
Premier étage : l’apport en nature intégral. L’équipementier retenu prend en charge l’ensemble des coûts de fabrication, de marquage, de transport, de stockage et de dédouanement. Aucune participation du COJOP sur la chaîne logistique. Le « value-in-kind » est total.
Deuxième étage : la Contrepartie Financière Marketing. Le candidat propose librement un montant en numéraire, en échange des droits d’usage des marques « Alpes Françaises 2030 » et « Équipe de France Olympique et Paralympique » sur le territoire français. Aucun seuil n’est mentionné dans le document — c’est sur ce poste que se jouera la guerre des enchères.
Troisième étage : la licence produits dérivés. Le COJOP fixe un taux de redevances plancher de 12 % du chiffre d’affaires net sur la commercialisation des répliques, en précisant explicitement que toute proposition au-delà « sera favorablement appréciée » dans l’évaluation des offres. Chaque lot doit en outre s’accompagner d’un Minimum Garanti chiffré. Le COJOP se réserve enfin un droit d’audit permanent sur les données comptables et commerciales de l’équipementier, aux frais de ce dernier en cas d’écarts.
Cette architecture transfère sur l’équipementier l’intégralité du risque industriel et du risque commercial. En contrepartie, elle ouvre un actif rare : la commercialisation officielle sur trois Olympiades.
Une grille RSE qui filtre dès l’amont
Au-delà des chiffres, le COJOP impose une grille RSE structurante. Trajectoire de décarbonation documentée, priorité aux matières recyclées ou biosourcées, conformité à la loi PFAS du 27 février 2025, devoir de vigilance sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, plan de « seconde vie » pour les équipements non utilisés.
Ces exigences ne sont pas accessoires. Elles agissent comme un premier filtre industriel : seuls les acteurs disposant déjà d’un reporting CSRD opérationnel et d’un audit fournisseurs structuré peuvent répondre sereinement. Cela rejoint la logique observée sur d’autres contrats long-terme du moment, comme le récent partenariat adidas / DFL où la dimension data, supply chain et engagement durable a pesé autant que le volet créatif.
Ce que ça dit du nouveau rapport de force
Trois lectures business émergent du document.
Pour les marques : le packaging trois Olympiades change le calcul de ROI. On ne raisonne plus en coût-bénéfice sur 18 mois (cycle Paris 2024), mais sur six ans de visibilité internationale, avec une vitrine maison aux Alpes 2030. Pour les directions marketing qui anticipent leur plan d’investissement sur 2027-2032, c’est un actif d’infrastructure, pas un coup média.
Pour le COJOP : la mécanique mutualise les coûts d’instruction de l’AMI et sécurise la cohérence visuelle de la délégation française sur trois cycles. Ce que PEAK30 décrivait début avril comme une fenêtre stratégique à ouvrir « maintenant » prend ici sa traduction contractuelle.
Pour les concurrents internationaux : l’AMI confirme que le marché Alpes 2030 se structure très en amont, comme l’a déjà illustré l’arrivée de The North Face auprès de la fédération américaine U.S. Ski & Snowboard le 12 mai. Les positions stratégiques se prennent désormais en 2026, quatre ans avant l’événement.

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