Comment mettre en place une stratégie RSE gagnante dans le tennis : l’exemple de Tecnifibre

Raquettes, textile, cordage transformé en textile, bagagerie à la conception simplifiée, modèle de distribution revisité, « équipements parfaitement imparfaits », mais aussi comment embarquer toute une entreprise… La RSE se joue désormais en plusieurs sets chez Tecnifibre qui redessine sa manière de concevoir la performance et qui fait rimer innovation et préservation de l’environnement.

Présente dans le tennis, le squash, le padel et le pickleball, l’entreprise basée dans les Yvelines a multiplié par trois son chiffre d’affaires depuis 2017. Avec une accélération de ses innovations par 2 entre 2024 et 2026 par rapport à la période 2017-2023, Tecnifibre réduit son impact environnemental grâce à 5 innovations le tout avec un chiffre d’affaires en hausse de 12% depuis 2024. Rencontre avec Lou Adler, directrice de la RSE chez Tecnifibre, pour explorer les axes de cette stratégie.

Bruno Cammalleri : quel est le point de départ de la démarche RSE de Tecnifibre ?

Lou Adler : au départ, je suis arrivée au sein de Tecnifibre en alternance et il y a eu ensuite une création de poste sur la RSE. Depuis, nous avons pris ce sujet à bras le corps. C’est devenu un volet très important pour nous et dans notre stratégie. Nous avons commencé simplement, par un état des lieux ce qui consiste à établir un bilan carbone afin de comprendre ce que l’on peut faire pour réduire notre impact sur l’environnement. On a fait les choses dans l’ordre, un état des lieux puis un plan d’action que nous sommes actuellement en train de déployer avec des premiers résultats déjà concrets. Ce sont des sujets qui me tiennent à cœur. La société évolue et il y a eu une prise de conscience au sein de l’entreprise. En tant que marque, nous pensons que nous avons la responsabilité d’agir à ce niveau-là et de sensibiliser les consommatrices et les consommateurs.

Bruno Cammalleri : quelle fut la première action forte de RSE ?

Lou Adler : le recyclage de cordages de tennis est la première action concrète de Tecnifibre qui a été mise en place au niveau des produits. Notre ADN et notre cœur de métier à la base est initialement centré sur le cordage. C’était cohérent pour nous de partir sur ce qu’on connaît très bien. La gamme textile X-Loop, fabriquée à 100 % en polyester recyclé dont la moitié provient de cordages de tennis, continue de progresser à la fois sur la quantité de cordages collectés et sur le nombre de pièces qui constituent la gamme. Autrement dit, on récupère et on revalorise des cordages dans nos gammes textiles. Il nous fallait aller du cordage vers le textile car le textile est une catégorie importante pour nous, et en sachant que le textile est particulièrement émetteur en matière de CO2. Cette boucle là est donc cohérente.

Bruno Cammalleri : quid de la bagagerie ?

Lou Adler : nous avons également la gamme de bagagerie Reform, conçue autour d’une architecture simplifiée grâce à l’intégration d’éthylène-acétate de vinyle, qui réduit le nombre de couches de matériaux et d’étapes de fabrication tout en apportant de nouveaux bénéfices aux joueuses et joueurs. Avec l’éthylène-acétate de vinyle, plus connue sous le nom d’EVA, nous utilisons une nouvelle matière qui nous permet de réduire notre impact environnemental.

Grâce à toutes ces innovations, nous avons des objectifs ambitieux en matière de réduction de l’impact environnemental, mais aucune concession n’est faîte sur la performance. Tous nos produits doivent à minima être équivalents en matière de performance sportive, voire présenter de nouveaux bénéfices y compris en termes de tenues, de protection des raquettes ou même de look. On cherche à réduire notre impact environnemental tout en restant aussi performant et élégant. Tecnifibre se porte bien au niveau de ses finances, ce qui montre que la RSE n’est pas incompatible, au contraire.

Bruno Cammalleri : pouvez-vous nous parler de la technologie Reframe, qui intègre des fibres de carbone recyclées issues de l’aéronautique dans des modèles de raquettes, ici ceux de la gamme Tempo ?

Lou Adler : nous collaborons avec une entreprise française qui s’appelle Fairmat dont le cœur de métier est de récupérer les chutes de production du secteur de l’aéronautique et aérospatial pour pouvoir les recycler et les revaloriser. Nous nous sommes associés à cette entreprise. Nous récupérons leur matière que l’on intègre dans nos raquettes de la gamme Tempo. On ouvre la voie à une nouvelle génération de matériaux haute performance. C’est vraiment une première dans l’univers du tennis. Nous avons deux de nos raquettes, qui sont les plus haut de gamme, qui intègrent en partie ce carbone recyclé.

Bruno Cammalleri : quels sont les obstacles que vous rencontrez dans cette démarche RSE ?

Lou Adler : notre démarche RSE au sein de Tecnifibre, ce n’est pas juste travailler sur un produit ou une étape de fabrication. Il s’agit d’une démarche globale de transformation de l’entreprise et de notre manière de voir les choses et de produire. Bien entendu, l’essentiel de notre impact soit 87% de ce dernier se trouve dans nos produits. Il s’agit de repenser totalement la façon dont on conçoit et commercialise nos produits. Les défis sont donc importants, ce qui demande au sein de l’entreprise que tous les départements soient mobilisés. Le sujet est transversal, dans le sens où je ne peux pas faire ça seule dans mon coin. Ça ne marcherait pas du tout. Nous avons encore des difficultés au niveau des balles où c’est un peu plus dur.

Bruno Cammalleri : comment embarquer toute une entreprise dans la démarche ?

Lou Adler : c’est une grosse partie de mon rôle de réussir à fédérer derrière un objectif commun et faire en sorte que l’on avance tous dans la même direction. La première étape a été de former la totalité de nos salariés sur ces enjeux via l’atelier 2tonnes. Grâce à cet atelier, nous partageons un même constat. Je suis formatrice pour cet atelier et j’ai pu former toute l’équipe au niveau du siège de Tecnifibre. Cet atelier de trois heures permet d’avoir une réelle prise de conscience sur les enjeux climatiques et sur ce que l’on peut mettre en place en tant que citoyens, en tant qu’individus. Suite à ces ateliers, nous avons créé différents groupes de travail. Ensuite, nous avons des canaux de prise de parole à tous les niveaux de l’entreprise. Nous avons chaque trimestre une réunion avec toute l’entreprise où nous partageons toute nos actualités en matière de RSE. Je cherche à tenir informé tout le monde et être extrêmement transparente. Cette information, cette communication et cette transparence demeurent un moteur important qui fait que les personnes ont aussi envie de s’engager en voyant les résultats et les enjeux. Nous sommes 70 personnes au siège à Feucherolles. On s’appelle la Player’s Company et entre nous on s’appelle les players. C’est l’implication de tous les players qui fait que nous sommes sur la bonne voie. On avance dans la même direction, même s’il reste encore beaucoup de travail.

Bruno Cammalleri : quel est votre regard sur le rôle du tennis et du sport en général face aux enjeux environnementaux ?

Lou Adler : quand on voit ce qu’il se passe à l’échelle de Tecnifibre, on sait que si on s’y met tous alors on sera capables d’obtenir des résultats. C’est clair que les choses ne vont pas assez vite et que dans l’industrie du tennis la prise de conscience n’est pas encore là. Je ne suis pas très optimiste à ce niveau mais il est encore tant d’agir. Je crois en une coalition de l’industrie d’une manière générale et le fait que l’on mette de côté notre concurrence étant donné que ce sujet concerne tout le monde. C’est en passant par l’industrie que l’on pourra obtenir de réels changements à l’échelle du tennis. Certes le poids du sport dans les émissions de gaz à effet de serre est très peu lourd au niveau mondial, mais sa visibilité est énorme car le sport fait rêver tout le monde. Son impact réel est donc démultiplié. Le sport a vraiment intérêt de s’emparer de ces thématiques sans tarder.

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