Du 29 octobre au 1er novembre, l’HYROX Nice porte le nom de Trainsweateat, l’application de Sissy Mua. D’habitude, les marques paient les créatrices pour s’afficher sur un événement. Ici, c’est l’inverse : la marque de la créatrice donne son nom à la course. Ce renversement dit beaucoup de la façon dont les créateurs de contenu bâtissent désormais leur entreprise.
Une créatrice dans le rôle de l’annonceur
Sissy Mua compte parmi les figures françaises du fitness en ligne. Elle a ouvert sa chaîne YouTube en 2012. Puis, en 2019, elle a fondé avec son compagnon Trainsweateat, une application qui réunit programmes d’entraînement et conseils nutrition. Selon L’ADN, l’application revendique plus d’1,5 million d’abonnés.
Jusqu’ici, son parcours ressemblait à celui de beaucoup d’influenceuses. Elle a ainsi prêté son image à Domyos, la marque de fitness de Decathlon, à Camaïeu ou encore à PUMA. Autrement dit, des marques louaient son audience.
À Nice, le schéma s’inverse. Trainsweateat donne son nom à l’étape niçoise d’HYROX, le circuit mondial de courses de fitness. La compétition s’appelle officiellement Trainsweateat HYROX Nice. Ce n’est d’ailleurs pas une première : l’édition de février 2026 portait déjà ce nom. La marque revient donc pour la deuxième fois de l’année au Palais des expositions.
Pourquoi l’HYROX Nice plutôt qu’un contrat d’égérie
Le choix de la ville ne doit rien au hasard. Sissy Mua est originaire de la région niçoise et y vit toujours. Mais l’ancrage local n’explique pas tout.
D’abord, le public d’HYROX correspond exactement à la cible de l’application. Une course enchaîne huit fois un kilomètre de course à pied et un atelier de renforcement. Le format demande donc des semaines de préparation. Chaque participant s’entraîne, et cherche souvent un programme. Or c’est précisément ce que Trainsweateat vend par abonnement.
Ensuite, le nom d’une course construit un actif que l’image seule ne construit pas. Un contrat d’égérie valorise le visage de la créatrice. En revanche, le naming installe la marque, indépendamment de sa fondatrice. Pour une entreprise d’une trentaine de salariés, selon L’ADN, la nuance compte.
Enfin, la marque ne s’arrête pas au nom. HYROX France présente aussi Trainsweateat comme partenaire digital, avec deux programmes signés par les coachs Mévéna et Quentin Pingliez. Discover HYROX s’adresse aux débutants sur quatre semaines. Road to HYROX dure huit semaines. Le partenariat couvre ainsi la course et sa préparation.

Une discipline qui a changé d’échelle en trois saisons
Le moment compte aussi. HYROX a réuni environ 175 000 participants lors de la saison 2023-2024. Puis la saison suivante a dépassé les 650 000, d’après l’organisateur. En 2025-2026, le circuit revendique plus de 1,5 million d’athlètes. Pour la saison en cours, il en attend plus de deux millions, sur plus de cent week-ends de course.
Nice suit la même pente. Selon les résultats compilés par le site Rox Coach, l’étape a accueilli environ 3 000 athlètes en octobre 2024. En février 2026, ils étaient plus de 13 000.
Cette croissance attire logiquement les grandes marques. PUMA habille le circuit jusqu’en 2030 et donne son nom aux championnats du monde. Amazfit, marque de montres connectées, a signé en avril 2026 un accord mondial exclusif de trois ans. Quant à Centr, la plateforme de Chris Hemsworth, elle fournit le matériel de compétition.
Un circuit qui vend ses étapes à la carte
Pourtant, une marque de créatrice peut encore y trouver sa place. Car HYROX ne vend pas seulement des droits mondiaux. Le circuit commercialise aussi ses étapes une par une.
Les exemples se multiplient. En 2025, Intersport a ainsi donné son nom à quatre étapes européennes, dont Bordeaux. En avril 2026, Maybelline New York était partenaire officiel de l’étape parisienne du Grand Palais, avec 15 000 participants. De son côté, la banque en ligne bunq a lancé avec HYROX une carte bancaire co-marquée. Ses panneaux bordaient d’ailleurs le parcours niçois en février.
Ce découpage abaisse le ticket d’entrée. Une marque de taille moyenne n’achète pas tout le circuit. Elle achète une ville, celle où son public est le plus dense. Pour Trainsweateat, c’est Nice. Le raisonnement rappelle celui de Salomon avec l’IRONMAN : acheter la partie de l’événement qui correspond à son produit, plutôt que l’événement entier.
Une activation pensée comme une tribune de supporters
Les visuels de l’édition de février montrent comment la marque exploite ce droit. Dès l’entrée, la façade du Palais des expositions affiche « Welcome to Trainsweateat HYROX Nice ». Dans la halle, une tribune orange agite drapeaux, écharpes « Team Supporter » et portraits géants. Sur le parcours, des équipes aux couleurs de la marque courent avec « Train Sweat Eat » inscrit sur la peau.

Autrement dit, Trainsweateat n’affiche pas seulement un logo. Elle transpose sur un événement de fitness les codes d’un club de football : tribune, écharpes, drapeaux. La communauté en ligne devient ainsi un public physique, visible de tous les participants.
Le mouvement prolonge une tendance déjà observée sur la Supercoupe LNB de basket, où Mister V commentait un tournoi dont il sponsorisait l’une des équipes. Les créateurs ne louent plus seulement leur audience. Désormais, ils prennent position dans l’économie du sport.
Le pari d’une marque qui doit exister sans son visage
Reste une question : une marque née de la personnalité d’une créatrice peut-elle tenir seule ? Le choix du nom Trainsweateat, plutôt que celui de Sissy Mua, y répond en partie. La fondatrice diversifie aussi son entreprise. En juin 2025, elle a en effet lancé Rore Active, une marque de vêtements de sport.

Mais l’environnement se durcit. Avec plus de deux millions d’athlètes attendus, chaque étape HYROX prend de la valeur. Les prochains renouvellements se négocieront donc face à des annonceurs aux moyens bien plus lourds. Pour garder Nice, Trainsweateat devra prouver qu’elle apporte à l’événement ce que les grandes marques n’apportent pas : une communauté qui se déplace, s’entraîne et revient.

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