En 2026, Perrier célèbre sa 48e année de présence à Roland-Garros. Pour l’occasion, Ogilvy Paris signe une campagne internationale inédite. Derrière le film « Les Spectateurs » et les visuels associés, une question business cruciale se pose. À partir de quand un partenariat devient-il un actif propriétaire impossible à racheter ?
En 2026, Perrier célèbre sa 48e année de partenariat avec Roland-Garros. Pour marquer cet événement, l’agence Ogilvy Paris signe une campagne internationale d’envergure. Derrière le film « Les Spectateurs » et les visuels « Le Service » et « La Pause », se cache une question business essentielle. En effet, peu de sponsors peuvent se la poser : à partir de quand un partenariat devient-il un actif propriétaire impossible à racheter ?
48 ans, et une chaise verte devenue signature de tournoi
Depuis 1978, Perrier accompagne fidèlement Roland-Garros. Au départ, la marque installait de simples glacières sur le bord des courts. Ensuite, la célèbre chaise d’arbitre verte est arrivée. Elle est devenue au fil des décennies l’un des éléments visuels les plus reconnaissables du tournoi. Cet objet s’impose désormais au même titre que la terre battue ocre ou les bâches bleues.
Ce dispositif ne se résume pas à un simple logo sur un panneau publicitaire. C’est un objet fonctionnel totalement intégré à l’image du Grand Chelem parisien. Ainsi, des milliers de photos de presse le reproduisent chaque année. Par conséquent, Perrier est l’un des rares sponsors européens dont l’actif a franchi le seuil de l’iconicité. La marque n’est plus identifiée comme un simple sponsor de Roland-Garros. En réalité, elle fait partie intégrante du décor.
Cette distinction reste difficile à quantifier. Pourtant, elle se situe au cœur de la valeur commerciale réelle du deal. Un concurrent ne peut pas racheter cet actif en signant un contrat, même en proposant une offre supérieure.
« Vu en Terrasse » : une plateforme éditoriale, pas une campagne
Pour marquer cette 48e édition, Perrier déploie un nouveau chapitre de sa saga « Vu en Terrasse ». Conçue par Ogilvy Paris, cette plateforme structure toute la communication. Le cœur du dispositif repose sur le film « Les Spectateurs ». Ce spot est diffusé sur France Télévisions et Amazon Prime, les deux diffuseurs officiels du tournoi.
La campagne est produite par Gang Films, sur un concept d’Ogilvy Paris.
Le film établit un parallèle d’une efficacité redoutable entre les tribunes de Roland-Garros et les terrasses parisiennes. En effet, les deux espaces partagent la même posture sociale. On s’y installe volontiers pour voir, pour être vu, et pour vivre l’instant présent. Les mouvements de tête qui suivent un échange de tennis reproduisent exactement ceux d’une table de terrasse qui suit une conversation animée.
De plus, la bande-son originale ancrera le projet dans un imaginaire familier. La célèbre mélodie « Un homme et une femme » de Francis Lai apporte une touche française assumée et universelle.
Le double sens du vocabulaire tennis et terrasse
Cependant, la campagne ne s’arrête pas au film principal. Deux visuels print, intitulés « Le Service » et « La Pause », jouent habilement sur le double sens du vocabulaire. Ils lient subtilement l’univers du tennis et celui de la terrasse.


D’un côté, le service du joueur qui lance sa balle répond au serveur qui apporte les commandes. D’un autre côté, la pause entre deux sets rappelle la pause déjeuner d’une terrasse parisienne. La marque déploie ces visuels dans l’enceinte du stade, dans tout Paris, ainsi que sur ses marchés internationaux clés. Enfin, OpenMind (WPP Media) orchestre le dispositif média, avec des relais digitaux puissants sur les réseaux sociaux.
Ce que ce dispositif enseigne sur le sponsoring long terme
La plupart des partenariats sportifs se construisent sur une simple logique de visibilité. Les marques échangent des droits d’exposition contre un investissement financier, puis mesurent le succès en équivalent publicitaire. Pourtant, Perrier opère depuis longtemps sur une logique totalement différente.
On retrouve d’ailleurs ce modèle vertueux dans la stratégie d’Accor autour de Roland-Garros, un autre partenaire premium du tournoi. Ce que le partenariat Perrier Roland-Garros démontre avant tout, c’est que la durée crée une immense barrière à l’entrée. Un concurrent ne peut pas simplement signer un chèque plus gros pour effacer 48 ans d’association culturelle. S’il s’engage, il repart de zéro.
Les bénéfices stratégiques pour l’annonceur et l’ayant-droit
Du côté de l’annonceur, Nestlé Waters (maison mère de Perrier) ne négocie pas un simple tarif d’affichage. La structure monétise près de cinq décennies d’association culturelle avec le rendez-vous tennistique le plus chic du calendrier. La plateforme « Vu en Terrasse » n’est pas une simple campagne d’opportunité. C’est un territoire de marque qui préexiste au tournoi, et que l’événement vient amplifier chaque année. Ainsi, l’investissement annuel se capitalise au lieu de s’éteindre.
Du côté de l’ayant-droit, la FFT ne vend pas à Perrier un espace publicitaire classique. Elle lui offre un véritable rôle dans la narration culturelle du tournoi. Cette distinction structure fortement la valeur des droits. Un partenaire qui co-construit l’identité visuelle d’un événement se retrouve en position de force lors des renouvellements. Son remplacement générerait une véritable rupture visuelle, immédiatement perçue par le public.
Pour l’agence Ogilvy Paris, ce brief représente une opportunité rare dans le secteur. Elle travaille sur une plateforme créative stable et durable. Cela permet d’accumuler des codes visuels reconnaissables, tout en se renouvelant chaque année. « Vu en Terrasse » s’impose comme une saga, et non comme une opération unique.
Ce modèle tranche radicalement avec la logique dominante du sponsoring sportif actuel. Généralement, les marques cherchent à maximiser la visibilité sur des cycles très courts. L’édition de Roland-Garros 2026 se termine le 7 juin. Pourtant, la valeur commerciale que Perrier y accumule ne s’arrêtera pas là.
Le partenariat Perrier Roland-Garros face à la crise industrielle
Toutefois, la longévité exceptionnelle de ce deal ne doit pas occulter le contexte industriel de la marque. Perrier a subi récemment d’importants problèmes de production en France. Des contaminations détectées dans ses usines de Vergèze (Gard) ont entraîné des rappels de produits et des perturbations de livraison en 2023 et 2024. Ces difficultés ont mis en lumière la solidité, mais aussi la fragilité, des partenariats basés sur l’image d’un art de vivre.
Le fait que Perrier maintienne et renforce son dispositif à Roland-Garros en 2026 envoie donc un signal fort. Le sponsoring sportif sert également à reconstruire la confiance du public après une crise industrielle. La chaise d’arbitre verte sur le court Philippe-Chatrier, la campagne sur France TV et les espaces d’hospitalité contribuent à réaffirmer cette légitimité historique.
Il s’agit ici d’une des fonctions les moins discutées, mais les plus puissantes, du sponsoring de haut niveau. On observe d’ailleurs une approche similaire dans le renouvellement de Renault avec Roland-Garros jusqu’en 2031. Ces grandes marques françaises utilisent le tournoi comme une ancre d’image à long terme.
La campagne est produite par Gang Films, sur un concept d’Ogilvy Paris. Elle est diffusée sur France Télévisions et Amazon Prime Video pour toute la durée du tournoi, jusqu’au 7 juin 2026.

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