Pourquoi le Crédit Agricole troque la pub classique contre BeReal pour vivre le Mondial avec les Bleus

Capture d'écran BeReal de supporters de l'Équipe de France réunis en terrasse pour regarder un match, maquillage et accessoires tricolores, activation Crédit Agricole x FFF

Pendant un Mondial, l’essentiel du budget sponsoring part dans les LED de stade, le maillot et les spots télé. Le Crédit Agricole, partenaire historique de la FFF, a choisi un autre terrain pour toucher les 18-30 ans : BeReal, l’appli où l’on ne peut pas retoucher sa photo avant de la poster.

L’opération, conçue par l’agence LAFOURMI (groupe The Fan Syndicate) avec Havas Media France en régie média, ne vend rien. Elle organise un rituel : à chaque match des Bleus, une notification invite les utilisateurs à poster un BeReal montrant comment ils vivent la rencontre entre proches. Le gagnant du tirage et toutes les personnes présentes sur sa photo remportent un voyage aux États-Unis. Les meilleures contributions sont ensuite relayées en organique sur les comptes du Crédit Agricole.

Le dispositif en trois mécaniques

La notification de match déclenche l’action au moment exact où l’audience est mobilisée, sans attendre qu’elle vienne chercher la marque. Le BeReal capté entre proches devient le contenu de la marque, remplaçant ainsi le brief créatif par le réel. Et la récompense collective — un voyage pour tout le groupe visible sur la photo, pas pour un individu isolé — traduit littéralement la promesse du partenariat FFF : rassembler, pas seulement sponsoriser.

Pourquoi BeReal, et pourquoi maintenant

Le choix n’est pas anodin. Le Crédit Agricole avait déjà testé la plateforme dès juillet 2025, pour promouvoir ses offres de carte internationale Essentiel et Premium dédiées aux 18-30 ans : 7,3 millions d’impressions, 1,47 million d’utilisateurs uniques exposés et un CTR de 3,61%, deuxième levier de trafic de la campagne selon CBnews et e-marketing.fr. Cette activation Mondial n’est donc pas un coup d’essai isolé, mais la confirmation d’une plateforme sociale devenue un axe de stratégie de marque à part entière pour l’annonceur, un an après ses premiers résultats produit — pas un simple test créatif ponctuel.

Sur le fond, le pari est cohérent avec ce que BeReal vend structurellement : l’absence de mise en scène. Une banque ne peut pas fabriquer artificiellement de l’authenticité dans un spot TV ; elle peut en revanche construire un dispositif qui la capte chez ses cibles, au moment où elle existe naturellement. C’est ce que résume Jordane Rabute, DGA de LAFOURMI : « On a imaginé une mécanique où le supporter devient le contenu (…) C’est là que le partenariat avec la FFF prend tout son sens. Pas dans un message, mais dans un moment vécu. » Raphaël Marquenet, Head of Social Media chez Havas Media Network, situe l’enjeu plus largement : « Il ne s’agit plus seulement de diffuser un message, mais de créer les conditions d’un moment partagé. »

Ce que ça change pour les sponsors du sport

L’opération illustre un déplacement de budget révélateur : la stratégie média (Havas) et la créa (LAFOURMI) ne travaillent plus en silos, media planning d’un côté, idée de l’autre — elles conçoivent le dispositif ensemble, dès le brief. Pour un partenaire historique comme le Crédit Agricole, qui doit justifier sa légitimité FFF année après année, c’est aussi une manière de renouveler la preuve d’attachement sans toucher au cœur du partenariat (maillot, LED, ambassadeurs). Reste à voir si le volume de participation suivra la promesse créative — un rituel notification-BeReal-reward n’a de valeur que si les supporters jouent vraiment le jeu, match après match, sur la durée d’un Mondial.

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