Winamax signe son premier club de basket, et c’est le Paris Basketball. Pourtant, son logo n’ira sur le maillot qu’en EuroLeague. En championnat de France, l’opérateur se contente du parquet. Ce partage n’a rien d’un détail. Il dessine la carte d’un marché où le basket français porte déjà le nom d’un concurrent.
Winamax et le Paris Basketball, un contrat en deux territoires
Le 24 septembre 2026, le Paris Basketball et Winamax ont annoncé un partenariat de trois saisons. L’opérateur de poker et de paris sportifs devient partenaire officiel du club de la capitale. C’est sa toute première signature avec un club de basket-ball. Le montant n’a pas été communiqué.
Concrètement, le dispositif se découpe en deux. D’abord, l’EuroLeague réunit les meilleurs clubs du continent. Dans cette compétition, Winamax s’affiche dans le dos du maillot parisien, à domicile comme à l’extérieur. En championnat de France, en revanche, la marque n’apparaît pas sur la tenue. Elle occupe un emplacement exclusif sur le parquet de l’adidas arena, devant le banc de l’équipe adverse.
Autour, le club ajoute les écrans LED du bord de terrain. Il prévoit aussi des animations pour les fans les soirs de match. Surtout, le contrat comprend du contenu. Winamax TV, la chaîne vidéo de l’opérateur, tournera ainsi certaines émissions à l’adidas arena. Le communiqué publié par le club promet aussi des interviews avec les joueurs et le staff.
Chez Betclic, par la seule porte que la Ligue ne tient pas
Pour comprendre ce partage, il faut regarder le nom du championnat. Depuis 2021, la première division s’appelle la Betclic Élite. Or Betclic, l’un des principaux concurrents de Winamax en France, a prolongé ce naming en juin 2024. Le contrat court jusqu’à la saison 2028-2029.
Ce naming a des effets très concrets sur les tenues. Le règlement de la Ligue nationale de basket (LNB) impose le logo Betclic Élite sous le col. La règle vaut pour chaque maillot de première division. Un logo Winamax dans le dos du maillot de championnat aurait donc réuni les deux concurrents sur le même tissu. En EuroLeague, ce logo disparaît.
Le parquet obéit à une autre logique. Certes, la Ligue se réserve plusieurs supports. C’est notamment le cas de la zone qui borde la ligne médiane, destinée au sponsor titre de la compétition. Mais les deux emplacements situés devant les bancs appartiennent exclusivement aux clubs. Surtout, la LNB ne peut pas imposer à un club une exclusivité de secteur au profit de ses propres partenaires. Winamax s’installe donc précisément là où Betclic ne peut rien réclamer.
Le communiqué ne dit pas si ce découpage relève d’une contrainte ou d’un choix. Il dessine pourtant une géographie nette. Le championnat de France reste la vitrine de Betclic. L’Europe revient à Winamax, avec une tête de pont sur le terrain de l’autre.
Le troisième sport des parieurs, jusqu’ici absent du portefeuille
Pourquoi le basket, et pourquoi maintenant ? Les chiffres de l’Autorité nationale des jeux (ANJ), le régulateur du secteur, apportent une première réponse. En 2024, le basket-ball a généré 914 millions d’euros de mises en ligne, selon son bilan annuel du marché. C’est le troisième sport des parieurs français, derrière le football et le tennis, avec 8,9 % des mises. Le régulateur relie d’ailleurs cette activité à la NBA et à la nouvelle génération de joueurs français qui y brillent.
Jusqu’ici, Winamax n’avait pourtant aucun actif dans ce sport. Son portefeuille s’est construit ailleurs. En football, l’opérateur habille cinq clubs de Ligue 1 en 2026-2027. Nous avions analysé cette stratégie de saturation en août. Côté handball, Winamax est devenu en octobre 2025 partenaire titre des finales de l’EHF European League. Il s’agit de la deuxième coupe d’Europe des clubs de la Fédération européenne de handball. Viennent ensuite l’esport, avec G2 Esports et Riot Games. Puis le skateboard, avec le naming de l’étape parisienne du circuit mondial, le 3 octobre à Roland-Garros.
Pour Winamax, le Paris Basketball comble donc un vide dans la carte. Et il le comble par l’étage européen, comme le handball avant lui.
L’EuroLeague, une vitrine au-delà du marché français
Julien Huber, directeur marketing de Winamax, l’assume dans le communiqué. Selon lui, s’associer au club de la capitale « s’est imposé comme une évidence pour porter nos ambitions européennes communes ». La formule dépasse l’élément de langage.
En effet, l’EuroLeague promène un maillot dans les salles de tout le continent, de Madrid à Istanbul. Or Winamax ne vise pas que les joueurs français. L’opérateur détient aussi des licences de paris et de poker en Espagne. Ce pays place plusieurs clubs dans la compétition, dont le Real Madrid et le FC Barcelone. La réglementation publicitaire espagnole reste toutefois l’une des plus strictes d’Europe. Cette visibilité n’y vaut donc pas forcément conversion.
Le parallèle avec le handball reste frappant. Dans les deux cas, Winamax choisit une compétition européenne plutôt qu’un championnat national. Or une compétition européenne échappe, par définition, aux accords qu’un concurrent a signés avec une ligue nationale.
Côté Paris Basketball, l’Europe se vend à part
Pour le club, l’opération prolonge une méthode. Depuis son entrée en EuroLeague en 2024, le Paris Basketball commercialise son maillot européen séparément. En janvier 2025, l’opérateur de paris OlyBet avait ainsi pris la face avant de la tenue d’EuroLeague, pour deux saisons. La marque Mennen s’affichait alors sur le maillot de championnat.
Autrement dit, deux compétitions donnent deux maillots, et deux maillots donnent deux inventaires. Le club dispute plus de trente matchs européens en saison régulière. C’est donc un levier de revenus que n’ont pas les équipes engagées sur la seule scène nationale.
Le second levier, c’est le contenu. Jérôme de Chaunac, directeur commercial, veut faire du Paris Basketball « un club qui se vit autant qu’il se regarde ». Les émissions de Winamax TV tournées à l’adidas arena traduisent directement cette ambition du Paris Basketball. Le club suit ici une logique déjà visible lors de la Supercoupe LNB. Sur place, le créateur Mister V commentait les matchs, alors que sa marque Pizza Delamama soutient le club. Au fond, le Paris Basketball vend désormais une scène de contenu autant qu’un espace sur un maillot.
Ce qu’il faut surveiller
Trois signaux, dans l’ordre.
D’abord, le calendrier. Le partenariat entre Winamax et le Paris Basketball court sur trois saisons, jusqu’en 2028-2029. C’est aussi la dernière saison du naming Betclic de la LNB. Les deux contrats arriveront donc à échéance ensemble, et Winamax connaîtra alors très bien le basket français.
Ensuite, la réaction des autres clubs. D’autres équipes de Betclic Élite ouvriront-elles leur parquet à des concurrents de Betclic ? Si oui, le basket deviendra un terrain disputé entre opérateurs.
Enfin, la régulation. L’ANJ plaide pour un encadrement plus strict du sponsoring des grands événements sportifs. Un contrat de trois saisons avec un club reste pour l’instant hors de portée de ces projets. Mais la question reviendra au moment du renouvellement.

Soyez le premier à commenter