Neymar a 34 ans, joue à Santos et a quitté la sélection brésilienne cet été. C’est pourtant maintenant que Topps signe avec Neymar un accord exclusif pour ses cartes à collectionner. Le calendrier n’a rien d’un hasard. Sur ce marché, la valeur d’un joueur ne s’arrête pas avec sa carrière : elle commence parfois là.
Ce que Neymar cède vraiment à Topps
Topps, la marque de cartes à collectionner du groupe américain Fanatics, a annoncé le 23 septembre depuis São Paulo la prolongation de son partenariat avec Neymar. Surtout, l’accord change de nature. Topps devient en effet le partenaire exclusif du joueur pour les cartes, les stickers et les jeux de cartes, pour plusieurs années.
Le périmètre dépasse le simple droit d’utiliser son nom et son image. D’abord, Topps obtient ses autographes en exclusivité. Ensuite, la marque récupère des maillots et des équipements portés en match ou à l’entraînement. Elle s’en servira pour fabriquer des cartes dites « reliques », qui contiennent un fragment de tissu authentifié. Le détail figure dans le communiqué publié par Topps.

Crédit : Topps / Fanatics Collectibles
Quant au montant, il n’a pas été communiqué. Les premières cartes arriveront dans deux collections haut de gamme consacrées aux compétitions européennes de clubs : Topps Dynasty et Definitive Collection.
Un joueur de 34 ans, et c’est justement l’intérêt
Sur le papier, le moment surprend. Neymar évolue à Santos, son club formateur, sous contrat jusqu’en décembre 2026. Fin juillet, juste après la Coupe du monde, il a aussi mis fin à sa carrière internationale. Pour un équipementier, ce profil ne justifierait plus un gros contrat. Côté éditeur de cartes, en revanche, c’est l’inverse.
Car le marché de la carte a changé de logique. Longtemps, il vendait des stickers par millions, à un euro la pochette. Désormais, sa valeur se concentre sur des pièces rares : une signature, un morceau de maillot, un tirage numéroté. Les visuels diffusés par Topps pour l’annonce en donnent d’ailleurs la mesure : plusieurs cartes portent la mention 1/1, autrement dit un exemplaire unique au monde. Or ces objets ne perdent pas leur valeur quand le joueur ralentit. Au contraire, la fin de carrière fige le stock. Neymar ne portera plus le maillot du Barça ni celui du PSG. Chaque pièce de ces années-là devient donc un objet fini.
Le choix des collections confirme cette lecture. Neymar n’a plus joué en Ligue des champions depuis 2023, date de son départ pour l’Arabie saoudite. Pourtant, Topps le place dans ses séries consacrées aux compétitions de l’UEFA. La marque vend ainsi le vainqueur de 2015 avec Barcelone et le finaliste de 2020 avec Paris. Elle ne vend pas le joueur de Santos.

Crédit : Topps / Fanatics Collectibles
Ce que les licences de Topps ne couvrent pas
Fanatics a passé ces dernières années à rafler les grandes licences du football. Topps édite déjà les collections de la Premier League et des compétitions de l’UEFA. Elle récupérera aussi la Coupe du monde en 2031, au terme de 56 ans de partenariat entre la FIFA et Panini. Enfin, le mouvement touche les sélections. Selon Athlon Sports, Topps détiendra les droits du Brésil dès 2027, puis ceux de l’Angleterre et de l’Allemagne en 2031.
Pourtant, ces contrats ont une limite. Une licence de compétition ou de fédération porte sur l’équipe et sur ses joueurs quand ils en portent le maillot. En revanche, elle ne donne ni la signature d’un joueur, ni les maillots qu’il a gardés. Ceux-là se négocient directement avec lui.
Le cas de Neymar le montre bien. En 2027, Topps éditera les cartes de la Seleção. Mais le meilleur buteur de l’histoire de la sélection n’en fera plus partie. Sans accord individuel, la marque n’aurait donc eu la main ni sur ses autographes, ni sur ses reliques.
Topps applique ici une méthode déjà testée avec David Beckham, lui aussi sous contrat exclusif. D’un côté, la marque achète les compétitions pour couvrir les joueurs d’aujourd’hui. De l’autre, elle signe les légendes une par une pour s’approprier le patrimoine.
Le Brésil, terrain que Panini tient encore
Le lieu de l’annonce compte aussi. Topps a daté son communiqué de São Paulo et renvoie vers sa plateforme brésilienne, br.topps.com. Ce n’est pas un détail. En mai, notre analyse du deal FIFA pointait le vrai angle mort de Fanatics : l’Amérique latine. Au Brésil, l’album Panini d’avant-Mondial reste un rituel qui se transmet d’une génération à l’autre. Topps, en revanche, n’y a pas encore d’ancrage comparable.
Neymar règle une partie du problème de Topps. Il donne à la marque le visage le plus connu du football brésilien, avant l’arrivée de la licence de la Seleção en 2027. Autrement dit, Topps installe son nom au Brésil avant même d’y éditer la sélection.
Le contexte reste tendu. Depuis 2023, Panini accuse Fanatics de pratiques anticoncurrentielles devant la justice américaine, après la perte de plusieurs licences majeures. Fanatics conteste et a lui-même porté plainte. Chaque exclusivité supplémentaire resserre donc l’étau autour de l’éditeur italien.
Ce que l’accord change pour les joueurs et leurs agents
Pour Neymar, l’accord avec Topps ouvre une source de revenus qui survivra à sa carrière sportive. Ses droits d’image continueront ainsi de rapporter bien après son dernier contrat de joueur. Le joueur le résume dans le communiqué : transformer une partie de son parcours en objets de collection est pour lui une façon de l’éterniser.
Pour les agents, la leçon est plus large. Les droits de collection deviennent une ligne de négociation à part entière, distincte du contrat d’équipementier. Or leur valeur tient surtout à leur durée. Un contrat de chaussures s’arrête avec la carrière. À l’inverse, un stock d’autographes et de maillots continue de se vendre des années plus tard.
L’échelle du marché explique aussi cet effort. Selon Inside World Football, les revenus de Fanatics dans les objets de collection devaient approcher 5 milliards de dollars en 2026, soit près de 4,4 milliards d’euros. Le groupe construit d’ailleurs sa distribution en Europe, comme l’a montré son pop-up parisien de juin.
Pour les clubs et les fédérations, enfin, la question se pose déjà. Une partie de la valeur de leurs joueurs se négocie désormais hors de leurs licences, joueur par joueur. Et avec Neymar, Topps vient de montrer que cette valeur ne s’éteint pas avec le dernier match.

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